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Le fondateur de l'office culturel de cluny mis en cause

 

Le fondateur de l’Office culturel de Cluny, Olivier Fenoy, s’est désisté mercredi 7 février, devant le tribunal de police de Lyon, de la plainte pour diffamation qu’il avait déposée contre une ancienne membre de sa communauté qui l’accusait d’« abus de nature sexuelle et de manipulation » sur de jeunes hommes.

Vingt ans après les faits présumés, cinq anciens membres ont témoigné pour la première fois.

L’OCC et son fondateur réfutent toutefois la nature des faits.

« C’était mon devoir de parler », lâche-t-elle, à la sortie de l’audience. Martine Poirson comparaissait mercredi devant le tribunal de police de Lyon. Cette enseignante de 63 ans faisait l’objet d’une plainte pour diffamation déposée par le comédien et metteur en scène Olivier Fenoy, 73 ans, fondateur de l’Office culturel de Cluny (OCC), une association artistique et culturelle d’inspiration catholique dont elle a fait partie de 1981 à 1991.

Ce dernier lui reprochait les termes d’une attestation qu’elle avait produite en juillet devant la cour d’appel de Paris, dans le cadre d’un procès aux prud’hommes opposant à l’OCC 21 requérants qui en avaient eux aussi été membres (lire repères ci-contre). Martine Poirson y mettait en cause Olivier Fenoy pour « des faits d’abus » sur certains membres de l’Office culturel de Cluny qui lui avaient été rapportés, « de nature sexuelle mais aussi de manipulation du fait de sa position d’autorité » (1).

Or, lors de l’audience, mercredi, Olivier Fenoy, représenté par son avocat, a finalement préféré se désister. Mais sa plainte s’était, semble-t-il, déjà retournée contre lui, car elle avait poussé cinq anciens « clunisiens », qui n’avaient jusque-là jamais parlé, à ajouter leurs témoignages au dossier. « Nous n’avions pas envie d’une démarche au pénal car ç’aurait été parole contre parole, et puis on était passé à autre chose depuis vingt ans. Mais cette plainte pour diffamation a été la goutte d’eau », explique Cyril (2), l’une des victimes présumées.

Fondée en 1963 dans un café du Quartier latin, Le Petit Cluny, l’association produit pièces de théâtre, films et spectacles, puis s’investit à partir des années 1970 dans l’animation culturelle. Se revendiquant de l’anthropologie chrétienne, elle forme dans les domaines de la danse, du cinéma, du théâtre, de l’architecture, accueille des jeunes en difficulté, ouvre un café des arts à Grenoble, un autre à Lyon…

En parallèle, dans le sillage des communautés nouvelles, les artistes qui animent les centres culturels de l’OCC en France et à l’étranger se réunissent en communauté de travail et de vie. Ils adoptent un style de vie inspiré de celui des moines bénédictins, sans toutefois qu’aucun lien canonique ne soit jamais formalisé avec l’Église catholique dont ils sont proches mais souhaitent rester indépendants. « Nous sommes tous arrivés par l’art, avec une quête spirituelle forte, raconte Cyril. Cet organisme répondait à toutes ces aspirations. On a vite déchanté. On s’est retrouvé tous à défendre l’indéfendable. Des doubles vies… »

Ces « doubles vies », ce sont d’abord, selon leurs témoignages, des « baisers forcés », des « exigences sexuelles dissimulées au reste des membres de l’association », la « graduation des prestations sexuelles (…) en fonction de ”l’avancement” dans l’engagement para-monastique », décrit Martin, entré dans la communauté à la sortie du lycée. La mécanique d’approche est toujours la même : « Olivier Fenoy disait avoir besoin que quelqu’un dorme dans son lit car il avait mal au dos. »

 

 

Bruno raconte son admiration pour Olivier Fenoy, qui invoque Padre Pio, Jean-Paul II, ses visites à Marthe Robin… Celui qu’il considérait comme un père et guide spirituel « lui accorde du temps, puis le premier baiser, accepté malgré le dégoût que cela lui avait inspiré parce que dans l’Évangile, Jésus touche la langue d’un homme avec sa propre salive pour lui rendre la parole »… Cyril décrit aussi « une pseudo mystique qui magnifiait la soi-disant homosexualité de Jean, le disciple que Jésus aimait ».

« Nous étions jeunes, nous arrivions dans une communauté chrétienne donc ouverts, confiants… Nos repères étaient perturbés. N’ayant pas réagi la première fois, je ne réagirai pas la suivante, ni les fois d’après. J’étais devenu une proie », confie-t-il.

« En aucun cas ces actes n’ont été des actes sexuels entre adultes consentants », affirme Martin. Il décrit comment « un refus de gratification sexuelle se transformait en pénalité pour incompétence professionnelle ». Flatteries suivies de blâmes, mises en quarantaine… Au-delà des abus sexuels dont ils l’accusent, les anciens membres de l’OCC, dont une poignée était à Lyon, mercredi, décrivent un système d’emprise et de manipulation.

En 1981, alors que des accusations de dérives sectaires circulaient déjà, le diocèse de Lyon avait mené une enquête canonique, dont les résultats avaient été présentés par l’OCC comme les lavant de tous soupçons. Pourtant, dans le texte que La Croix a pu consulter (et qui toutefois ne fait pas mention d’abus), les enquêteurs pointaient déjà « une méconnaissance grave du vrai sens de l’obéissance ».

« L’obéissance n’est pas une abdication de la personnalité, peut-on lire, et l’exiger comme telle est une grave erreur, risquant de culpabiliser gravement le sujet, et entraînant une très grave responsabilité morale et spirituelle pour tous ceux qui utiliseraient un tel procédé. » L’enquête de 1981 préconisait aussi qu’Olivier Fenoy cède ses responsabilités et que l’OCC mette en place des élections.

C’est en 1996 qu’il se retire, au moment où l’une des victimes présumées dénonce ces faits dans la communauté. Les années suivantes, une quarantaine de membres vont la quitter. « Aujourd’hui, Olivier Fenoy ne peut être poursuivi au pénal car c’est prescrit, mais en se désistant, il admet que tout ce que Martine Poirson a écrit n’est pas de la diffamation », a réagi mercredi l’avocat de cette dernière, Me Loïc Duchanoy.

L’avocat d’Olivier Fenoy, Me Olivier Kress, a affirmé ne pas avoir qualité pour répondre sur ce point, invitant La Croix à « contacter directement l’intéressé ». Ce dernier était « injoignable », a-t-on répondu au château de Machy où il réside. Olivier Fenoy a en effet quitté la semaine dernière toutes les fonctions qu’il conservait dans l’OCC.

« La gravité des accusations ne pouvait que l’amener à un retrait, mais nous renvoyons les accusateurs à leur conscience. La lecture que ces personnes font est sordide », explique le président de l’association, Benoît d’Argent. Il déplore aussi des « insinuations sectaires malveillantes qui poursuivent l’Office de Cluny depuis longtemps ». « Cela ne concerne pas la vie de l’OCC aujourd’hui. Nous avons relu notre histoire en préparant la procédure aux prud’hommes et donné notre vision des faits (3). »https://www.la-croix.com/Journal/Le-fondateur-lOffice-culturel-Cluny-mis-cause-2018-02-09-1100912427

 

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                                                     Jeudi 8 Février 2018

L’Office culturel de Cluny, propriétaire du Château de Machy depuis 1993, a été condamné à verser 1 million d’euros de dommages et intérêts à 21 plaignants, qui n’avaient perçu aucun salaire pour leurs activités au sein de l’association.

C’est la fin d’un feuilleton judiciaire qui aura duré plusieurs années. L’Office culturel de Cluny (OCC), qui exploite le château de Machy depuis 1993 avec sa troupe de théâtre L’Arc-en-Ciel, a été condamné à verser près d’un million d’euros de dommage et intérêts à 21 de ses anciens membres. Pendant plusieurs décennies, ces plaignants n’avaient perçu aucun salaire pour leurs activités au sein de l’association OCC. Ils n’avaient pas non plus cotisé socialement. Certains d’entre eux avaient notamment travaillé au château de Machy, à Chasselay. Ce jugement a été rendu par la cour d’appel de Paris le 19 décembre. Les dommages et intérêts oscillent entre 25 000 et 100 000 € selon les cas.

L’association est sur le point d’être mise en liquidation judiciaire

 

 

Condamnation

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